Vous avez l’impression qu’Emmanuel Macron est de plus en plus belliciste ? C’est de là que vient cette idée du service militaire volontaire ?
« Je pense que, d’abord, c’est un homme brutal par tempérament. Je l’ai vérifié pendant que j’étais député ; il était ministre de l’Economie. Il était venu présenter son projet de loi devant le Parlement et j’ai découvert un homme extrêmement brutal. Je n’ai pas d’autres mots. Sous des dehors très séducteur, il y a quelque chose en lui qui relève de ça. Deuxièmement, je pense que, politiquement, il a besoin de ça pour maintenir son image, sa position de chef d’Etat. Il n’a plus que ça. C’est-à-dire le pouvoir de déclarer la guerre, pouvoir qu’il partage, comme vous le savez, avec le Parlement. Troisièmement, c’est de notoriété publique. Il est assez habituel que les chefs d’état qui ne savent pas quoi faire du peuple sur leur propre territoire cherchent une légitimité sur les champs de bataille à l’étranger. Et maintenant, je pense que tout doit être fait effectivement pour raviver, restaurer, réanimer l’esprit défense dans notre peuple qui peut-être aurait un peu tendance à manquer parfois. Je vois bien qu’il y a des jeunes qui sont prêts à défendre leur pays, prêts à défendre leur propre vie, leur propre avenir. Ceci tout à fait bien. Que l’armée ne soit que le creuset du ravivement de cet esprit, ça me paraît tout à fait proportionné. »  

Pensez vous que la jeunesse va répondre favorablement à ce service militaire ?
« Si l’objectif c’est cinquante mille personnes, je pense qu’on les trouvera. Ça ne devrait pas poser beaucoup de difficultés. Je pense malgré tout, que se pose de toute façon, en dehors de motivation des personnes qui pourraient participer à ce service volontaire, la question des moyens parce que pour l’instant, c’est comme les cent rafales à l’Ukraine, qui ne sont pas construits, achetés avec un argent qui n’existe pas et qui peuvent être livrés dans dix ans. On ne parle pas de rien ! Je crains que la question des moyens arrive très, très vite sur la table dès que nous nous rendrons compte que des effets d’annonce à la réalité, comme c’est souvent le cas en macronie, il y a souvent plus qu’un pas. »  

On parle d’un service militaire volontaire. Est-ce que vous seriez allé plus loin en rétablissant tout simplement l’ancien service militaire obligatoire ? 
« Je peux témoigner que j’ai vu, lors de mon service militaire, des tas de jeunes qui, effectivement, pour certains d’entre eux, sont repartis avec un métier qu’ils ont acquis sur place ou commencé à apprendre sur place. J’ai eu l’honneur de participer à la création d’ateliers pour apprendre aux jeunes qui venaient, qui avaient dix-huit ans, qui ne savaient à peine lire, à peine écrire – pour certains pas du tout- et qui ont appris à lire et à écrire pendant qu’ils étaient au service militaire. D’autres qui ont découvert un système éducatif, qui n’est pas le premier objet du service militaire, mais qui était une conséquence. Si vous rendez les convocations au service militaire obligatoires pendant un an, vous allez vous heurter à la population. Un certain nombre de jeunes de notre pays ont des résistances  parfois assez vives, critiques, parfois violentes. Donc, avant de rétablir cette obligation là, il faut s’assurer qu’on est en mesure de la faire respecter. Sinon perd son temps. Donc ça, je crois que c’est un problème. Ça veut dire, qu’il faudrait se préparer à accueillir je ne sais pas combien de jeunes de cette génération dans des circonstances matériellement acceptables et surtout dans des circonstances sociales relativement douces ; même si de temps en temps, il faut se préparer à aller chercher manu militari (c’est le cas de le dire) ceux qui seraient réticents. Donc, cela pose beaucoup d’autres difficultés. «   

Que penser des dernières prises de positions d’Emmanuel Macron sur la guerre en Ukraine ?
« Quand à la stratégie de Macron à l’égard de la guerre, je fais partie des « affreux jojos » qui considèrent que nous n’avons rien à faire dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, que ça n’est pas notre conflit, qu’on aurait dû conserver une position un peu à l’écart, de médiation et de faiseur de paix dans cette affaire au lieu de s’engager bêtement, comme les dirigeants français depuis Hollande, derrière les Etats-Unis. On aurait dû conserver la position qui est traditionnellement, celle de la France. Nous ne l’avons pas fait. Nous en avons payé la dette énergétique, la dette sociale, nous payons également un certain nombre de désordres économiques, par des efforts que nous sommes paraît-il « obligés » de soutenir en versant des milliards à l’Union Européenne, dont on sait qu’une partie se retrouve soit sous forme d’armes à feux dans nos banlieues, soit chez les oligarques ukrainiens. Tout cela est insupportable. Et au moment même où tout le monde est engagé pour essayer de trouver une solution de paix, on ne peut pas accepter de voir des milliers de personnes mourir tous les jours dans ce conflit, le Président de la République, qui a besoin de cela  encore une fois pour terminer son mandat avec un peu de hauteur, s’engage dans une espèce de course folle dont la clé est ailleurs. Je continue à poser cette question à laquelle personne ne peut me répondre : quel intérêt la Russie aurait-elle à attaquer l’Otan ? Je ne comprends pas. Je n’ai pas de réponse à cette question. Tant que nos représentants, les dirigeants français et le chef d’Etat major des Armées n’aura pas répondu à cette question simple : pourquoi la Russie attaquerait elle les pays de l’Otan ? Je ne croirais pas à l’imminence d’un conflit armé avec la Russie. Que la Russie nous menace,  qu’elle nous fasse des ennuis, qu’elle « hacke » nos hôpitaux, qu’elle perturbe nos systèmes d’information, oui. Il ne fallait pas donner des canons à l’Ukraine, il ne fallait pas faire sauter le pipeline NOR Stream et ne pas les embêter non plus.  On n’ a pas en face de nous des gens qui sont volontaires pour se laisser faire. On leur créé des ennuis, ils nous créent des ennuis. Voilà. On a la rançon de nos propres actions. »  

Que penser de la déclaration du Général Mandon ? Pensez vous que la France ait cette force d’âme ? 
« Je n’ai pas trop compris la polémique sur le mot enfant. Mais en revanche, on aurait pu l’attaquer sur tout le reste, c’est-à-dire d’abord, le fait de parler  au salon des Maires d’un sujet qui ne concerne pas les maires au premier chef. C’est parfaitement déplacé. On est dans une séquence médiatique qui commence avec les rafales, qui continue avec le chef d’état-major des armées qui se termine avec le service national. Tout ceci est parfaitement orchestré. Il fallait une séquence au milieu. C’est le chef d’état-major qui s’y colle, devant les maires, c’est absolument déplacé. C’est normal que chef d’état-major des armées s’inquiète de la capacité de résistance du pays dont il doit assurer la défense. C’est une question qu’il est normal qu’il se pose et qu’il nous la partage. Et il faut l’entendre, parce que la question qui est posée en filigrane, c’est une vraie question posée pour chacun d’entre nous. Au fait pour quoi serions-nous capables de mourir si la France était attaquée pour de vrai ? Pas les systèmes informatiques des hôpitaux, ce qui est grave mais cela ne fait pas des conflits militaires massifs. Mais si cela advenait, personne ne sait, en tout cas pas moi, pour quoi les Français seraient prêts à faire des sacrifices, peut-être jusqu’à leur propre existence et faire des sacrifices matériels et économiques. Pour alimenter les oligarques ukrainiens ? À Rien de rien, jamais et en aucun cas ! Là-dessus, déjà, nous sommes trompés. Faire des sacrifices si jamais le pays est en danger, si son intégrité territoriale est en danger, je pense que les Français en sont capables. Mais ça ne va pas de soi. Quand je vois la manière dont nous nous sommes laissés faire sur la crise Covid, dont la manière dont nous nous laissons embobinés, malgré la réalité, sur l’évidence de la réalité de ce conflit russo ukrainien, il m’arrive de douter, spontanément, sans élément particulier supplémentaire, que  la capacité de résistance du peuple français soit à un niveau d’exigence suffisant pour résister à des menaces réelles, pas des menaces hypothétiques. »  

En conclusion ?
« J’ajouterai, que nos forces armées aujourd’hui ne sont absolument pas capables d’entretenir, de résister à une attaque militaire massive plus que quelques jours. Il ne faut pas se leurrer. Je ne remets pas en cause la qualité de nos soldats reconnus dans le monde entier comme exceptionnels. Et les moyens technologiques dont nous bénéficions le sont aussi avec peu d’équivalent dans le monde entier. C’est cela qu’il faut reconstituer, quelle que soit la menace. On verra bien ce qu’elle est le moment venu. Mais concentrons nous d’abord sur ce qui est notre véritable ennemi, les narcotrafiquants et l’islam conquérant. Laissons les américains négocier la paix entre l’Ukraine et la Russie. Nous nous en porterons  beaucoup mieux et ça nous coûtera moins cher. »

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