Le JDD. Dans votre ouvrage, vous décrivez une évolution discrète vers une « démocrature » sans rupture institutionnelle visible. Comment ce glissement a-t-il été rendu possible ?

Jean-Frédéric Poisson. Parce qu’il ne s’est pas produit contre la démocratie, mais à l’intérieur d’elle. Les démocraties modernes ne basculent plus sous les chars : elles glissent vers des formes de contrôle de plus en plus fines, au nom de causes toujours jugées légitimes – sécurité, santé, écologie, lutte contre la désinformation. À chaque étape, les restrictions paraissent raisonnables. Le problème commence lorsque le pouvoir se présente comme le camp du Bien : toute contradiction devient alors suspecte. On conserve les élections, les institutions… mais l’espace réel de dissidence se réduit. Tocqueville avait parfaitement décrit ce danger : un pouvoir qui « gêne, comprime, énerve et hébète » sans avoir besoin d’être brutal.

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